Loi sur la Biodiversité : L’Assemblée nationale pour l’interdiction des néonicotinoïdes

Le débat était intense, mais après deux heures de discussions très animées, l’Assemblée nationale a finalement voté jeudi soir, l’interdiction sans dérogation, des insecticides néonicotinoïdes, qui sont connus pour être très fatals aux abeilles. Mais avec un amendement du PS, ce projet de loi sur la biodiversité est repoussé à la date du 1er septembre 2018.

Abeille

Un projet avec trop de controverse

Même si la droite et quelques députés du PS tentaient de le bloquer, l’Assemblée nationale a fini par adopter le projet par 30 voix contre 28. Le but était donc d’adresser « un signal fort aux groupes chimiques, aux agriculteurs, et à l’exécutif » selon l’auteur de la mesure. Par ailleurs, il est prévu qu’un arrêté apportera « des réponses concrètes aux exploitants agricoles, confrontés à la brusque apparition d’un ravageur, qui pourrait compromettre leurs récoltes ». En outre, l’Agence française de sécurité alimentaire et sanitaire (Anses) est attendue pour dresser une liste des alternatives aux néonicotinoïdes. L’auteur de la mesure soutient aussi que « Le législateur doit prendre ses responsabilités en interdisant l’utilisation de ces molécules, tout en permettant à la profession agricole de s’adapter ».

Par ailleurs, certains députés ont clairement montré leur désaccord par rapport à la mesure. En effet, certains députés UDI et LR accusent les partisans de l’interdiction totale de « rechercher une victoire symbolique, politique et médiatique ». Ils ont par ailleurs souligné que ce projet allait davantage « pénaliser » certains agriculteurs en France.

Molécules nocives pour les espèces

Par ailleurs, l’interdiction générale des néonicotinoïdes avait été réintroduite en commission. En effet, c’est en 2013 que l’UE a limité quelques-uns de leurs usages, mais ils sont toujours considérablement utilisés. Plusieurs études scientifiques ont démontré le caractère nocif des néonicotinoïdes sur les abeilles. Par ailleurs, le produit n’est pas seulement fatal aux abeilles, mais aussi aux espèces comme les poissons, les invertébrés aquatiques et terrestres, les oiseaux, les pollinisateurs sauvages, et est même dangereux pour les humains, selon les écologistes et quelques socialistes. Selon Gérard Bapt (PS), qui est pour rappel un médecin de profession, ces molécules qui sont plus puissantes que le DDT (retiré) fonctionnent avec un mécanisme semblable à la nicotine. Monsieur Gérard Bapt illustre son point en questionnant « qui conseillerait à une femme enceinte de fumer ? » Par ailleurs, plusieurs autorités ont soulevé la question de la « responsabilité » pour les générations futures. Les défenseurs de « l’interdiction » ont aussi martelé que les agriculteurs faisaient eux-mêmes « les frais » de ces produits.

Un problème sur la concurrence entre les agriculteurs français et ceux européens

Stéphane Le Foll avait, à travers une lettre adressée aux députés ce vendredi, appelé ces derniers à ne pas adopter ces « interdictions brutales » qui se limiteraient au sol français. Le ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt cherchait à travers cette requête à éviter des « distorsions » de concurrence entre les agriculteurs français et ceux des autres pays de l’Union européenne. Cela n’a pas surpris Ségolène Royal qui soutient sur la chaine BFMTV qu’elle comprend la « préoccupation » du ministre, de vouloir défendre les agriculteurs tout en fustigeant « les combats d’arrière-garde sur le maintien des pesticides ».

De son côté, l’écologiste Barbara Pompili, la secrétaire d’État chargée de la Biodiversité, a donné son avis sur ces produits « extrêmement dangereux pour les abeilles, pour notre santé, pour notre environnement ». Barbara Pompili a témoigné jeudi devant l’hémicycle pour l’adoption « des solutions responsables, qui puissent s’appliquer ». Selon elle, « 2018 fait un peu moins couteau sous la gorge que 2017 et permet d’avancer ». Toutefois, elle s’est aussi montrée favorable à des dérogations dans certains cas.

Par ailleurs, un amendement de la rapporteuse Geneviève Gaillard (PS), qui prévoyait explicitement des dérogations ponctuelles, s’est vu être rejeté.

Quant à  l’ex-ministre Delphine Batho, qui souhaitait une interdiction dès 2017, avant un éventuel changement de majorité, « le combat n’est pas terminé » selon un message sur Twitter.

 

A propos de l’auteur

Celine A.
Celine A.
Céline est la plus jeune de l'équipe rédaction. Du haut de sa vingtaine d'année, elle est dynamique et travailleuse, rien ne l'arrête. Elle affectionne tout particulièrement les sujets un petit peu plus féminin, mais sait de quoi elle parle quand elle traite pourtant d'automobile ou de mécanique.