Le film Salafistes crée la polémique au FIPA

Le nombre progressif de documentaires, films et séries sur le terrorisme montre une présence récurrente de ce phénomène au cœur de l’actualité. Une grande part des 140 productions retenues au Festival international des programmes de l’audiovisuel (FIPA) de cette année porte sur cette thématique. Parmi elles, Salafistes, le documentaire de François Margolin et Lemine Ould Salem a créé la polémique et lancé un débat : comment faut-il filmer le djihadisme ?

salafistes

Le film Salafistes montre le malaise face à l’islamisme radical

Le Ministère de l’Intérieur, par l’un de ses représentants à la commission de classification des films, qui permet la délivrance des visas d’exploitation, a émis un avis défavorable sur le documentaire. Apologie du terrorisme et atteinte à la dignité humaine sont les impressions que la commission garde de ce film. Cela s’explique par les images fortes et crues qui sont montrées dans cette réalisation.

Les discours de haine, la vue du sang, les images violentes comme celle du corps du policier Ahmed Merabet tué par les frères Kouachi, qui est montrée sans floutage, éveillent un sentiment de peur et de terreur. Le mot qui revenait sur toutes les lèvres après le visionnage du film était le terme de propagande. Dans quelle mesure donc, l’image de la réalité sans maquillage pouvait servir de propagande pour les terroristes. Tel est le point sur lequel a mis le doigt le film, Salafistes.

De la subtilité pour équilibrer le message

Parmi les vidéos qui ont été présentées à la Fipa cette année, celles qui abordaient le terrorisme avaient des angles d’approches très différentes. Si le film Salafistes opte pour une immersion directe et forte dans le milieu du djihadisme, plusieurs documentaires vont contourner le noyau en insistant sur des conséquences du djihadisme tout aussi intéressantes à analyser.

Il en est ainsi de l’histoire de cette Canadienne qui se convertit à l’Islam après les attentats de 2001 et rejoint l’Afghanistan dans The women who joined the Taliban. C’est aussi cette fille dans « Ne m’abandonne pas », brillante étudiante qui du jour au lendemain se marie avec un djihadiste puis le rejoint en Syrie sous le regard impuissant de sa famille. C’est montrer une autre facette du djihadisme comme dans Among the believers, où l’on plonge au cœur d’une mosquée du Pakistan dans laquelle les enfants sont éduqués dans la ferveur du djihadisme. Ces différents documentaires font preuve d’une certaine distance critique orientée par le regard du réalisateur. Ceux-ci invoquent toujours le même motif : éviter la propagande.

Comment un film sur le djihadisme peut-il être efficace ?

Il est sans doute naïf de se poser cette question puisqu’après tout un film n’a aucune ambition totalitaire et ne propose que de montrer un aspect particulier d’un phénomène. Filmer le djihadisme est particulièrement délicat puisqu’au-delà des risques physiques encourus par le réalisateur, il y a aussi cet autre risque que son résultat ne serve pas son ambition.

La peur de servir d’instrument de propagande est légitime surtout lorsqu’on présente la violence de l’islamisme radicale telle qu’elle est réellement. C’est en effet pour cela que le film Salafistes crée autant de controverses. Mais il y a d’un autre côté cette obligation de se montrer juste et vrai, de ne pas censurer l’image qui est parlante et qui peut aussi appeler à réfléchir. Les réalisateurs devraient pour cela avoir la liberté d’aborder la question du djihadisme sous l’angle qu’ils pensent être le plus pertinent, car chaque perspective participe à dire le monde.

A propos de l’auteur

Victoria F.
Victoria F.
Victoria est l'acrobate de l'équipe de rédaction. Elle peut vous parler de tout pendant des heures, produire des articles sur la finance, la culture ou le sport en même temps sans se mélanger dans ses idées, un véritable petit génie. C'est aussi le dernier rédacteur, enfin rédactrice, qui a rejoint l'équipe.